lundi 9 juin 2008

"La vie continue" n° 8

L'ingénuité heureuse de notre sujétion approche de la rupture mais ça ne se voit pas. Nous sommes encore dans le rêve, un rêve béat pour l'occidental moyen. Depuis longtemps un cauchemar en d'autres latitudes, la sombre réalité s'impose à d'autres hommes. Les premiers s'attendent à de mauvaises surprises qu'ils refusent de voir, les seconds sont déjà blasés et tous sont fatalistes.

Pigeons au paradisJ'ai lu ces derniers temps deux articles symptomatiques de cet univers qui fait de nous des pigeons heureux. Les deux traitent de nos sous, de l'usage qui en est fait et semblent assez contradictoires alors qu'à bien y réfléchir ils possèdent tous deux les indices d'une civilisation déclinante où se rencontrent des vaches à lait destinées à être coupables de leur surexploitation.

J'ai trouvé la première info dans une revue girondine que je ne vous recommande pas. Il s'agit d'une publication plutôt professionnelle. Ça traite d'infos juridiques et ça vit d'annonces officielles. Il y a donc des gens malheureux obligés de lire ça et aussi un usage éventuellement lucratif de ce torchon pour ceux qui voudraient faire des affaires. On trouve bien là-dedans quelques «billets d'humeur» à l'apparence de vrais articles de presse mais l'essence vraiment navrante de ces billets trahit les auteurs, certainement des beaufs voyageant en 1ére classe (vous voyez le genre?).
L'article en question prétend démontrer que le coût de fonctionnement d'une médiathèque publique équivaut au tiers de l'investissement initial, lequel est lui-même rondelet. C'est bien sûr exagéré quoique pas tant que ça peut-être et j'y vois, au delà du propos tenu, un signe de notre époque. Prenant exemple, l'auteur estime le coût du bâtiment, de son mobilier et de ses équipements à 6M€… Question d'image certainement, quel maire se contenterait de la récupération de locaux inoccupés ? (Vous seriez étonnés du nombre d'anciennes mairies et d'écoles plus ou moins abandonnées en France.) En plus ces belles choses se financent toujours par un crédit! Candide croirait que le crédit est une invention faite pour aider les jeunes à profiter immédiatement – mais pour plus cher – des biens de ce bas monde. Il aurait naturellement pensé que les collectivités pouvaient, de leur coté, intelligemment planifier leurs investissements… J'ai moi-même, qui n'ai jamais eu de crédit sur le dos, du mal à comprendre mais admettons quant même ce qu'écrit l'auteur de l'article. Le crédit donc, c'est 12M€ à répartir sur vingt années au lieu de 6 sur une seule car au début du XXIe siècle un projet ne se diffère pas et surtout ne se révise pas pour un autre plus modeste ! Pour faire tourner le service il faut du personnel (là nous sommes d'accord), de l'énergie (Ce qui est bien de notre époque : On devine qu'il fera bien chaud dans les locaux en hiver et très frais en été, qu'on y verra comme en plein jour, qu'il y aura des écrans allumés en permanence et qu'une belle enseigne à l'extérieur brûlera toute la nuit) et aussi des "droits à payer". Bien qu'inventés au XIXe les "droits" sont un truc qui ne commence à prendre de l'ampleur qu'à la fin du XXe siècle. Notre époque est comme un monopoly, sauf qu'il ne s'agit pas d'un jeu. Tout ce qu'on touche est à celui qui y a mis sa marque, qu'il l'ait prétendument inventé ou acheté à "l'inventeur" déclaré. Toucher ne se fait plus sans payer. Par ailleurs bientôt respirer sera payant… Mais bon, nous n'en sommes pas encore là car il y a tout de même des résistances ! En ce qui concerne les services d'une médiathèque, la lecture de vieux trucs sera toujours gratuite (quoique…) car il n'y a pas de droits inscrits. Par contre les trucs modernes sont complètement marqués. Vous croyez par exemple que le DVD que vous venez d'acheter vous appartient... Eh bien non, seul le disque en plastique brillant vous appartient en propre et le seul usage non exclusivement privé que vous soyez libre de faire consiste à pendre l'objet dans votre cerisier pour effrayer les oiseaux. Tout ceci pour dire que la médiathèque, qui possède aussi des DVD, devra payer des droits pour mettre son fond à la disposition du public ainsi que sur les logiciels nécessaire à cette mise à disposition. Cela a un coût qui ne va pas en diminuant, croissance oblige, surtout celle des divers marquages territoriaux. Bref, services publics ou pigeonages collectifs ? La consommation, même publique, caractérise l'illusion d'une brillante civilisation déjà mortellement parasitée mais bon, pour le moment tout va bien, au moins localement!

Le second article est visible sur Internet. C'est déjà moins rose car un autre truc s'est mis en branle, cette fois au niveau national. L'auteur revisite ce qui est officiellement nommé "Révision Générale des Politiques Publiques" (RGPP) qu'il renomme finement "Rationnement Général Pour le Public". Personnellement j'aurais simplifié ça en "Rationnement Général Public" vu que le but n'est que de détourner ce qui reste du trésor public ver plus de largesses privées mais bon, il manquerait alorsun «P»!
Quand vous aurez lu ça vous pourrez toujours essayer de sauvez au moins un truc ;
Au hasard, Sauvons la météo !
Et pourquoi pas essayer de tout sauver ?

Ça vous défoulera !

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