jeudi 5 octobre 2017

Temps Perdu


Ça fait longtemps que je n’avais pas écrit de messages. Ça faisait aussi longtemps, des mois et des mois, qu’un livre «à lire absolument» traînait dans la bibliothèque. L’automne se pointe, pas encore avec ses couleurs mais on commence à rencontrer du monde dans les bois... Petits plaisirs pour oublier que les français sont toujours dans la même impasse. Au printemps derniers ils rêvaient de VIe République. Enfin pas tous, pas ceux qui, pusillanimes, se sont toujours abstenus de rêver, entraînant de fait tous les autres dans le cauchemar habituel. En pire même, vu que le diable s’était encore avancé masqué. Nous avons ainsi élu un rassurant candidat qui pensait «Printemps», c’est à dire insignifiance pour les imbéciles. Ces crétins aveugles nous ont ainsi imposé la plus féroce ordonnance qui soit dont le programme réel est celui d’une vente aux maîtres de la finance de ce qui nous restait de jours heureux en terme d’un sabordage national. Reste l’insoumission d’une petite France se retrouvant à Paris l’avant-dernier samedi de septembre pour défiler. J’y étais bien sûr mais le voyage en autocar s’annonçait fort long.
Cars insoumis C'était donc l'occasion de reprendre le livre toujours en attente dont je ne connaissait que le titre, annonçant une vague(bof.. !). histoire de sorcières




Si je devais lire absolument «Le chasseur de sorcières» ce n’était pas exactement pour le plaisir. C’était plutôt pour savoir ce que pouvaient bien raconter ces histoires de sorciers ou de sorcières à la mode Rowling, ce que c’était que ce genre «fantaisy» qui plaît tant aux jeunes et en particulier à un proche cœur, celui de l’ange devenue déesse qui a écrit ça. J’avais tort car lire cet ouvrage fut un bonheur pour moi. Ça se passe du côté de chez nous, c’est surréaliste et c’est profond. Vous devriez le lire aussi, absolument !


     Après une introduction peu engageante (un enterrement avec des personnages dont on ne cerne pas encore l'importance) l’intrigue se matérialise. Au delà du récit on sent un vécu, d’abord amusant, ensuite porteur. Passé le premier chapitre on ne lâche plus l’ouvrage... C’est ainsi que bien avant que nous soyons arrivés à Paris, j’avais tout avalé quasiment d’un trait !
Le style est celui d'une primo autrice, un peu «djeun», mais ce point est charmant. Bien que dans la ligne de la mode «fantaisy» à la Rowling cette histoire de sorcière est une métaphore, celle d’une jeune fille devenant femme je pense. L'héroïne est un peu seule évidemment avec de lourdes charges à porter mais toutes les jeunes filles, même ordinaires, n’ont-elles pas de lourdes charges à porter ? On ressent d'ailleurs pas mal de vécu dans ce texte. Les rêves qui instrumentent la vie des êtres sont des signes où se mêlent angoisses et solutions de vie. Le texte a su parfaitement mettre en scène cela et ça m’a laissé baba §;o) L’ensemble constitue finalement une histoire surréaliste qui ne ressemble à rien de connu (en tout cas pour moi.)


Je ne peux ici m’empêcher de vous en livrer un aperçu. Celui-ci clôt le second chapitre :
(«//» indique une coupure.)
 
« Je me trouvais dans une forêt. Parmi la végétation verdoyante qui s’étirait autour de moi, je percevais la mélodie lointaine des oiseaux. L’atmosphère était chaude et humide, sans pour autant se faire étouffante. Les quelques rayons de soleil qui parvenaient à percer les épais feuillages donnaient au décor un aspect tranquille, presque paradisiaque.
Je me tenais embusquée derrière un buisson, un petit poignard à la main et un arc à l’épaule. Dans mon dos, je sentais le poids d’un carquois que je savais pourvu d’une seule et unique flèche. Lorsqu’une légère brise souffla entre mes jambes dénudées, je réalisai que je portais une espèce de toge en tissu fin qui m’arrivait à mi-cuisse et qui était ceinturée à la taille par un cordon de cuir.
— Et bien, qu’est-ce que tu attends ? lança une voix sèche derrière moi.
Je me retournai vivement, le poignard tendu en un geste défensif. Trois femmes se tenaient là, vêtues de cette même tenue étrange et portant les mêmes armes. La première était grande, avec de longs cheveux bruns. Elle dégageait cette espèce d’aura mystérieuse qu’ont certaines stars, qui nous poussait à toujours reporter notre attention sur elles. La seconde était de taille moyenne, toute fine avec une belle chevelure rousse et de magnifiques yeux couleur émeraude. La troisième, enfin, était brune, elle aussi. Petite et musclée, elle se tenait droite comme un I, arborant le regard féroce et calculateur d’un animal sauvage. Elle avait une prestance qui imposait le respect.
//
— Une biche s’est blessée, m’informa Égée. Elle erre dans les parages, tu dois la retrouver.
//
J’ignorais pourquoi, mais j’avais le sentiment de toucher au but. Je compris que j’avais raison lorsqu’un bruit de brindilles parvint à mes oreilles.
Me glissant doucement entre deux buissons, je l’aperçus, couchée sur le flanc. Je crus un bref instant qu’elle se reposait, avant de découvrir l’horrible blessure qui perçait son abdomen. Sa patte arrière gauche était brisée et la chair apparaissait à vif. Cela semblait être l’œuvre d’un animal sauvage. Mais un prédateur affamé ne l’aurait probablement pas laissé s’enfuir, n’est-ce pas ?
Une légère brise dut porter mon odeur jusqu’aux naseaux de la biche, car elle sursauta soudain et tenta tant bien que mal de se relever. La malheureuse bête s’écroula au bout de quelques pas, à bout de souffle. Malgré la douleur et les tremblements, elle lutta pour se traîner au sol, le plus loin possible de moi. Une terreur sans nom perçait à travers son regard.
— Mais que diable t’est-il arrivé ?
— Un chasseur.
La voix sèche et cassante d’Égée me fit sursauter. Les trois femmes venaient de réapparaître derrière moi.
— Elle a été touchée, mais a réussi à s’enfuir. Celui qui lui a fait ça n’a même pas cherché à la poursuivre.
La sourde colère qui émanait d’Égée me fit froid dans le dos. Adrienne s’approcha de sa compagne et posa une main apaisante sur son épaule.
— Autrefois les Hommes ne chassaient que par nécessité, dit-elle d’un ton empreint de mélancolie. Le plus souvent, ils respectaient les biens que la Nature leur offrait. Aujourd’hui, ils maltraitent la terre et entassent les bêtes dans de grands hangars pour les gaver avant de les abattre. Ils exigent toujours plus et gaspillent sans se soucier de savoir ce qu’il restera demain. La chasse n’est plus qu’un loisir destiné à tromper l’ennui causé par toute cette opulence.
— Tu dois la tuer.
La voix de Callisto claqua tel un fouet.
— Utilise ton arc, ajouta-t-elle. Un coup droit au cœur.
— Quoi ? La tuer ? Non mais ça ne va pas ! m’insurgeai-je.
— Regarde comme elle souffre, répliqua doucement Adrienne. Tu as le pouvoir de mettre un terme à son agonie. Tu as le devoir de le faire.
Sans que je comprenne comment, je me retrouvai avec l’arc entre les mains, l’unique flèche encochée, prête à donner la mort.
— Non, m’écriai-je. Cette biche a besoin de soins, il faut l’aider, pas la tuer !
Je jetai un regard désespéré à l’animal qui, malgré mes cris, s’était immobilisé. Terrassé par la douleur, il semblait avoir abandonné tout espoir de fuite.
Adrienne secoua tristement la tête.
— Elle se nomme Delia. Et on ne peut plus rien faire pour elle. Cela arrive parfois, il faut accepter cette cruelle réalité. La seule chose qui importe à présent, c’est de l’aider à trouver la paix. Regarde-la. Regarde-la bien !
La biche avait tourné la tête vers moi, semblant attendre mon verdict final. Au fond de ses yeux, je lisais sa terreur et sa souffrance. Mais il y avait aussi autre chose, une sorte de supplique muette.
Un vieux souvenir refit surface : mon père, rentrant de chez le vétérinaire, une caisse de transport vide entre les mains. Et son regard froid tandis qu’il m’annonçait que le chauffard en scooter qui avait renversé Félix lui avait brisé le bassin. Il avait été obligé de le faire piquer. « Il est au paradis des chats, maintenant. C’est comme ça. C’est mieux pour lui. »
Mes yeux me brûlèrent. J’avais fini par accepter la mort de Félix. Je n’étais pas foncièrement contre l’idée d’euthanasier, lorsque la souffrance devient trop grande. Cela valait pour les animaux, mais également pour les humains. Je savais que si je devais un jour avoir un accident qui me transformerait en légume, je préférerais que l’on me laisse partir. Mon choix, ma décision.
Seulement voilà, avoir un idéal et donner soi-même la mort étaient deux choses radicalement différentes.
L’arc tremblait entre mes mains.
//
et je me réveillai en sueur dans ma chambre.
Un faible rayon de lune filtrait à travers les volets fermés pour venir s’étaler sur ma couette. La lueur rougeâtre de mon radio-réveil m’indiqua qu’il était trois heures du matin passées.
Je me laissai retomber sur l’oreiller. Sans que je comprenne pourquoi, une irrépressible et irrationnelle envie de pleurer me tiraillait à l’idée d’avoir raté l’épreuve d’Artémis. Je fermai les yeux et tentai de toutes mes forces de chasser ce sentiment. Ce n’était qu’un rêve après tout. Rien qu’un rêve. »

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Voilà, vous n’avez pas tout de l’extrait, et je ne vous raconte évidemment pas la fin du roman, assez prévisible cependant. Pour ça on peut toujours se procurer l’ouvrage. Il est disponible en téléchargement (fichier epub pas cher pour liseuse) et de rares libraires ont encore quelques brochés mais il est malheureusement épuisé chez l’éditeur (Flammèche Éditions).
Bref, c’est très bien. Dommage que nous n’ayons pas les moyens d’une publicité pour ma fille de celles qui génèrent les succès de librairie. Ça le mériterait !

Remarque : L’ouvrage a tout de même son petit succès, relativement au potentiel d’une toute petite maison d’édition.



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